I take nothing away from the illustrious Racine, the wisest and most eloquent of poets, for not having treated many things that he would have embellished, content to have shown in a single genre the richness and sublimity of his mind; but I feel bound to respect a genius bold and fertile, lofty, penetrating, fluent, full of strength, tireless; as ingenious and as charming in works meant purely to please as he is true and moving in the others; of a vast imagination, which has swiftly embraced and penetrated the whole economy of human affairs; whom neither the abstract sciences, nor the arts, nor politics, nor the customs of peoples, nor their opinions, nor their history, nor even their languages have been able to escape; renowned, on emerging from childhood, for the grandeur and the force of his poetry, rich in thought, and soon afterwards for the charm and the original character of his prose, full of reason and always concise; a philosopher and sublime painter, who has brilliantly sown through his writings all that is great in the human mind; who has portrayed the passions with strokes of fire and light, and made them speak on our stages with as much tenderness as vehemence; skilled, through the extreme breadth of his genius, at imitating the character and capturing the spirit of the good works of every nation, yet as a rule imitating nothing without embellishing it; dazzling even in the faults that people have thought they saw in his writings, and such that, despite the defects inevitable with qualities so rare, and despite the efforts of criticism, he has kept his friends and his enemies unceasingly occupied with the labors of his nights, and from his youth carried abroad the renown of his country and the glory of our letters, all of whose boundaries he has pushed back.
Je n’ôte rien à l’illustre Racine, le plus sage et le plus éloquent des poètes, pour n’avoir pas traité beaucoup de choses qu’il eût embellies, content d’avoir montré dans un seul genre la richesse et la sublimité de son esprit ; mais je me sens obligé de respecter un génie hardi et fécond, élevé, pénétrant, facile, plein de force, infatigable ; aussi ingénieux et aussi aimable dans les ouvrages de pur agrément, que vrai et pathétique dans les autres ; d’une vaste imagination, qui a embrassé et pénétré rapidement toute l’économie des choses humaines ; à qui ni les sciences abstraites, ni les arts, ni la politique, ni les mœurs des peuples, ni leurs opinions, ni leur histoire, ni leurs langues même, n’ont pu échapper ; illustre, en sortant de l’enfance, par la grandeur et par la force de sa poésie féconde en pensées, et, bientôt après, par les charmes et par le caractère original, plein de raison, et toujours concis, de sa prose ; philosophe et peintre sublime, qui a semé avec éclat ; dans ses écrits, tout ce qu’il y a de grand dans l’esprit des hommes ; qui a représenté les passions avec des traits de feu et de lumière, et les a fait parler sur nos théâtres avec autant de tendresse que de véhémence ; savant à imiter le caractère et à saisir l’esprit des bons ouvrages de chaque nation, par l’extrême étendue de son génie, mais n’imitant rien, d’ordinaire, qu’il ne l’embellisse ; éclatant jusque dans les fautes qu’on a cru remarquer dans ses écrits, et tel que, malgré des défauts inévitables avec des qualités si rares, et malgré les efforts de la critique, il a occupé sans relâche de ses veilles ses amis et ses ennemis, et porté chez les étrangers, dès sa jeunesse, la réputation de sa patrie et la gloire de nos lettres, dont il a reculé toutes les bornes.
Réflexions et maximes 265